05.02.2009
Mister Midnight
Sans nuit, Mister Midnight s’ennui.
Ses yeux trop sensibles au jour restent sans cible.
A midi, nulle étoile où planter son regard sans le brûler.
Le soleil est la seule étoile ennemie de Mister Midnight. Le jour le brûle d’ennui.
Heureusement il y a les ombres qui sont comme des baumes bienfaisants, de minces fragments de nuit diaphanes, une robe maternelle où il fait bon se réfugier.
Les meilleures ombres sont celles des bibliothèques où attendent patiemment, rangées dans leurs rayons, d’incomparables sentinelles contre l’ennui.
La nuit, quand les aiguilles de l’horloge pointent ensemble vers le sommet du cadran, les yeux sensibles de Mister Midnight visent le firmament.
Et il imagine voir les jeunes planètes en formation autour des étoiles, encore imprécises quant à leur apparence, comme des jeunes filles indécises sur la robe à porter pour leur premier bal.
Un bal qui durera des milliards d’années, une ronde interminable autour d’un ou plusieurs soleils. Les robes seront fines ou lourdes, aux couleurs d’océans, de déserts ou de nuages d’acide sulfurique, certaines s’autorisant l’extravagance d’un anneau de glace et de roche mêlées.
Chaque nuit Mister Midnight est le spectateur privilégié de ce bal silencieux. Depuis son observatoire il espère repérer une belle gueule d’atmosphère, au teint d’oxygène, puis annoncer au monde qu’il a fini par trouver celle qu’il cherchait depuis si longtemps.
Pour l’heure, quand l’aurore vient tirer le rideau sur le spectacle, Mister Midnight baisse les yeux, ferme l’observatoire et s’en va retrouver sa solitude et découvrir ses ennuis du jour.
23:33 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29.12.2008
L'étoile et la sorcière
-Miroir, mon beau miroir céleste, dis-moi qui est la plus belle ? demande la sorcière.
-C’est Rigel* la plus belle, répond sans hésiter le céleste et beau miroir**, ne vois tu pas combien elle est radieuse ? Elle brille comme des dizaines de millier de soleil, tu n’existes que parce qu’elle t’éclaire, sorcière, sans elle tu serais invisible et oubliée dans le froid de l’espace. Jadis tu étais peut-être aussi belle, quand tu étais une étoile resplendissante toi aussi, aujourd’hui tu n’es plus qu’un lambeau sidéral, tout juste un souvenir d’étoile.
-Grrrrrr ! Tais-toi, tais-toi ! Elle m’énerve cette Rigel qui ne se sent plus briller ! Mais un jour elle ne sera plus qu’un souvenir d’étoile elle aussi. Et il n’y aura peut-être aucune étoile pour éclairer ses lambeaux, peut être même personne pour se souvenir qu’elle fut une étoile éblouissante…
Et un rire de sorcière cosmique, semblable à une friture d’électrons, crépita dans les radiotélescopes, mille années lumière plus loin.
Rideau
* la brillante étoile à droite de l'image
** n'apparaît pas sur l'image, il est portant très beau et on ne peut plus céleste
La nébuleuse de la Tête de Sorcière, ainsi nommée à cause de sa forme évocatrice, est située à 1000 années-lumière de chez nous, dans la constellation de l’Eridan, juste à la limite de la constellation d’Orion où brille Rigel qui éclaire la nébuleuse.
22:18 Publié dans Astres, Textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ic 2118, rigel, nébuleuse, étoile, orion, éridan
26.12.2008
Winter...
Aujourd’hui, la Lune est passée dans la râpe à fromage du ciel hivernal. Inutile de la chercher dans le ciel ce soir*.
La pluie s’est encore remariée avec l’hiver, tout en blanc comme la première fois dans la nuit des temps ; il y a des histoires qui durent. Mais le divorce climatique est peut-être pour demain…
*en même temps, c'est la Nouvelle Lune ;)
21:51 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : hiver, neige, lune, râpe à fromage, noces hivernales
16.07.2007
Messages aux extraterrestres ( qui veulent peut-être le rester )
Voir la note sur Cosmicconnexion.
INSULAIRES
( Message dans une bouteille dans l’océan cosmique )
Je suis un humain.
Je vis sur une île bleue près d’un soleil jaune, elle s’appelle la Terre. C’est un joli nom pour une île. D’ailleurs, autrefois, les explorateurs en voyant une île criaient : Terre !
Avez-vous des explorateurs chez vous ? Si oui, vous la verrez bien un jour cette île bleue. C’est une île ronde, comme une orange.
Avez-vous des oranges chez vous ? Peut-être sont-elles bleues ? Ça dépend des yeux, de comment ils perçoivent les couleurs.
Avez-vous des yeux ? Les humains en ont, mais parfois ils préfèrent ne pas s’en servir et ne rien voir. Ils ne voient donc pas qu’ils ne sont pas tout seuls sur l’île. Il y a aussi des panthères noires, des poissons rouges, des flamands roses, de grands arbres verts, des chats qui sont tout gris la nuit…
Il y a beaucoup de couleurs dans l’île bleue et parfois ça fait très peur aux humains. On dit alors qu’ils ont une peur bleue !
Les humains n’aiment que les couleurs qui leur sont familières. Pour se rassurer ils ont inventé un truc : les drapeaux. C’est un grand morceau de tissu avec des couleurs dessus, et aussi parfois des astres !
Les humains en ont planté partout sur l’île bleue pour qu’ils puissent reconnaître de loin les couleurs qui leur sont familières. Il y a une tradition : ceux qui se trouvent à proximité d’un drapeau doivent en défendre les couleurs ; c’est souvent très bête !
Avez-vous des drapeaux chez vous ? Si oui, j’espère qu’ils sont tous blancs.
Ma planète est un funambule bleu sur son orbite ; une lune en guise de balancier.
Elle penche un peu mais jamais elle n’a perdu l’équilibre. Et pourtant, l’exercice est périlleux : Elle a des fourmis dans les jambes, des océans d’eau salée plein les yeux, des lions dans le cœur, des déserts de sable plein les poches, des éléphants dans sa mémoire… et six milliards d’humains sur le dos.
Heureusement, l’imagination est dans sa Nature.
21:45 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cosmicconexion, extraterrestres, poèmes
28.05.2007
Haïku de lune
22:50 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
30.04.2006
Nocturne
Dans un jardin depuis longtemps oublié, pousse un arbre qui ne fleurit que la nuit. Ses feuilles blanches boivent la lumière des étoiles et de la lune. Les fruits qu’il donne pendant la nuit sont des cerises d’oubli, qui se gâtent dès les premières lueurs de l’aube.
Dans un jardin depuis longtemps maudit, de vieux enfants, allongés au pied de l’arbre nocturne, meurent en rêvant aux cités d’or qu’ils ont jadis conquises, le sang des cerises coulant de leur bouche ouverte.
Dans un jardin depuis longtemps abandonné, les âmes des vieux enfants morts, montées dans l’arbre, jouent à cache-cache avec la Nuit aux milliers d’yeux scintillants.
Et quand l’Aurore aux doigts de rose fermera les yeux de la Nuit, les âmes des vieux enfants morts auront déjà disparu dans la Voie Lactée.
23:50 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
30.03.2006
Insomnie loufoque
J’ai perdu le sommeil dans un rêve. Et j’ai perdu le rêve à mon réveil ! Quelle maladresse ! Les bras en sont tombés à Morphée quand il a appris la nouvelle. J’ignore comment il a su que je ne trouvais plus le sommeil, je ne l’ai pourtant pas crié sur les toits, je suis sujet au vertige. Le marchand de sable est passé plusieurs fois, mais il ne m’a été d’aucun secours; il a juste transformé ma chambre à coucher en petit Sahara.
J’ai demandé à mon chat de me raconter une histoire, pensant que ça pourrait m’aider à retrouver le sommeil. Mais bien qu’il m’ait raconté une histoire à dormir debout, ce fut un échec. Désormais, je rêve éveillé, cherchant le sommeil comme on cherche ses clés, dans mes poches, qui sont remplies de sable, sous les coussins confortables du canapé... mais je ne trouve jamais rien, je fais chou blanc. Blanc comme mes nuits.
Comme pour ses clés, on devrait toujours avoir un double de son sommeil. Si je retrouve le mien, il faudra que je songe à aller chez le serrurier !
01:40 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




